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Le complexe de l’homme noir

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Un homme en prière lors de la visite du pape Benoît XVI à Cotonou, 20 novembre 2011,REUTERS/Afolabi Sotunde Un homme en prière lors de la visite du pape Benoît XVI à Cotonou, 20 novembre 2011,REUTERS/Afolabi Sotunde

Être ou ne pas être noir? Telle est la question pour tous ceux qui s’estiment victimes de la couleur de leur peau. A tort, ils l’associent à tous leurs maux.

Mon ami Marius a coutume de me dire que si dans une hypothétique prochaine vie il était donné à chacun de choisir la couleur de sa peau, il n’y aurait pas grand monde qui accepterait de revenir sous la couleur noire.

Et je suis sûr que bon nombre parmi vous qui êtes en train de lire cet article pensez la même chose. La couleur de notre peau est si négativement chargée que nous la rejetons. Pour nous, elle signifie esclavage, colonisation, pauvreté, misère, guerres absurdes, coup d’Etat tout aussi absurdes.

Etrange haine de soi

Bref, nous avons chargé la couleur de notre peau de tous les maux de l’humanité et en avons honte. Au fond de nous, nous nous détestons, parce que nous sommes les vaincus de l’histoire actuelle, et nous imputons cette défaite à la couleur de notre peau. Dans le regard de l’autre, nous voyons toujours du mépris, de la condescendance. Uniquement à cause de la couleur de notre peau.

Il y en a parmi nous qui n’ont pas attendu une prochaine vie pour mettre fin à cette situation insupportable pour eux: ils ont choisi tout simplement de changer de couleur dans cette vie, en se décapant la peau. Le champion toutes catégories dans cet exercice était le regretté Michaël Jackson qui avait réussi à devenir totalement blanc, en redessinant même son nez qu’il trouvait trop épaté pour appartenir à un homme civilisé.

Nos frères congolais et plusieurs de nos femmes s’y essaient aussi, avec les moyens dont ils disposent; ce qui a surtout pour conséquence de leur donner une peau de salamandre avec des cancers et autres maladies. 

Le mécanisme psychologique pervers d’une infériorisation intériorisée

Il me plaît, à ce propos, de citer ces lignes de l’historien et juriste tunisien Ibn khaldoun:

«Les vaincus veulent toujours imiter le vainqueur dans ses traits distinctifs, dans son vêtement, sa profession et toutes ses conditions d’existence et coutumes. La raison en est que l’âme voit toujours la perfection dans l’individu qui occupe le rang supérieur et auquel elle est subordonnée.  

Elle le considère comme parfait, soit parce que le respect qu’elle éprouve (pour lui) lui fait impression, soit parce qu’elle suppose faussement que sa propre subordination n’est pas une suite habituelle de la défaite, mais résulte de la perfection du vainqueur. Si cette fausse supposition se fixe dans l’âme, elle devient une croyance ferme.

L’âme, alors, adopte toutes les manières du vainqueur et s’assimile à lui. Cela, c’est l’imitation(…) Cette attraction va si loin qu’une nation dominée par une autre nation poussera très avant l’assimilation et l’imitation.» Il avait écrit cela en 1377.

Il est vrai qu’aujourd’hui l’homme noir n’est pas à la fête. Il y a quelques jours, une manifestation raciste avait visé les immigrés d’origine africaine en Israël. Dans de nombreux pays arabes, les Noirs sont traités pire que des animaux et accusés de tous les maux de leur société. Dans la Libye du colonel Kadhafi, on avait organisé des pogroms de Noirs africains au moment même où le «guide» lançait l’idée de l’Union Africaine. Il n’y a pas très longtemps, les Noirs étaient exhibés comme des animaux de foire dans les pays européens.

C’est à nous, noirs, d’inverser cette perception erronée

Non, il y aurait là de quoi ne pas être fier d’être noir. Mais accuser la couleur de notre peau est assurément une erreur d’appréciation. Oui, notre continent est le moins développé au monde. Oui, partout dans le monde, les hommes noirs sont les plus pauvres, les moins bien lotis. Mais, répétons-le, cela n’a rien à voir avec la couleur de la peau.

Il s’agit plutôt d’une situation sociale, héritée d’une longue histoire. Il nous appartient, à nous, noirs d’aujourd’hui, d’en changer le cours. En arrêtant de nous détester, de pleurnicher sur la partie la moins glorieuse de notre passé, en nous disant que notre histoire ne se résume pas à l’esclavage et à la colonisation, que toutes les autres civilisations sont passées par ces stades.

Que le cours de l’histoire est justement en train de changer, que l’axe du monde ne se trouve plus dans la vieillissante Europe mais plutôt en Asie, et que si nous arrêtons de singer les autres, si nous nous mettons résolument au travail, nous pourrons nous aussi déplacer cet axe vers notre continent qui a pour atout sa jeunesse.

Oui, Marius, mettons-nous au travail et tu verras que demain, ce seront les autres qui envieront la couleur de ta peau.

Venance Konan (Fraternité Matin)

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